Fin de roots

« fin de roots »

Vols retours nous y sommes. Lima – Sao Paulo ok ! Mouvementé mais nous avons survécu ! 😊
Finalement nous ne voyons pas Patricia à Londres.
Londres – Toulouse, le voyage est court et si long à la fois.

En survolant Toulouse, puis Colomiers les émotions nous envahissent. Je suis prise entre excitation, bonheur et tristesse. Il me tarde de pouvoir serrer bien fort les miens et à la fois je réalise que cette aventure touche à sa fin. Je suis profondément égarée. Que sera la suite, quelle vie vais-je maintenant avoir après cette aventure ? Avancerons-nous toujours main dans la main ou chacun de notre côté ? Dans mon journal de bord, j’écris que je n’ai strictement aucune idée de ce que je vais bien pouvoir faire en rentrant ni même comment notre relation évoluera. Je reviendrai sur tous ces mots/maux plus tard.

En même temps que j’écris la musique d’un gamin passe. C’est drôle comme souvent tout est lié et écrit.

Une surprise digne d’un rêve !

L’avion atterrit, je me pose ; tout doucement il roule, profondément je m’effondre.

Je pleure et ne veux réaliser que tout ça est terminé j’ai l’impression de me réveiller comme lorsque l’on se réveille d’un rêve. Comme un mirage, un claquement de doigts et paf l’atterrissage.

J’éprouve des difficultés à sortir de cet avion, il faut se ressaisir et avancer. La tête haute et ne jamais baisser les bras. La tristesse se dissipe et laisse place au bonheur et à l’excitation de les revoir ! Nous n’avons jamais été aussi proche.

Thierry, le papa de Laure, nous accueille au niveau des bagages. C’est fou comme voir une tête connue est plaisant. Je voulais regarder à travers la vitre mais avec une sacrée agilité il m’en dissuade et je ne me doute de rien. Ça y est allons-y ! L’un contre l’autre, l’un avec l’autre, nous nous dirigeons vers la porte. C’est terminé, la page se tourne.

De ce que maman m’avait dit il ne devait y avoir que les Leguevaque. C’est alors que je reconnais la voix d’Aude, nous passons la porte et là, c’est la folie. Des banderoles, des cris, des rires voilà nos familles et amis réunis tous plus beaux et souriants les uns que les autres. La surprise est totale. Sans réfléchir je lâche Guillaume et me jette dans les bras de papa et maman. Ce sentiment de bonheur et de soulagement est indescriptible. C’est fou l’amour que l’on peut porter à deux êtres dont nous sommes le fruit de leur amour. Ils m’ont tellement manqué cette année. J’ai tant de fois rêvé les croiser au détour d’une rue, mais rien. Je suis si heureuse de les sentir, de les embrasser. Puis, dans la minute qui suit je découvre ma grand-mère. Si forte et souriante. Papi il ne manque que toi mais je sais que tu es toujours là avec moi et que, de la haut, tu devais bien sourire.

Tous, ils y sont tous ! Tous ceux que j’aime tant sont venus pour nous accueillir ! Alors c’est assez fou, des rires et des larmes au menu !

Ma 4l est là aussi ! Elle m’a terriblement manqué ! Nous prenons la route direction la maison. Beaucoup de choses ont changé mais à la fois rien n’a vraiment changé. Nous passerons une super soirée de « retour à la maison ». Le soir, dans mon lit, je ne sais plus où j’habite. Le chemin va être particulier, je le sais.

Et après ?

Après tu es parti dans ton camion, je me souviendrai toute ma vie de cette image, de ce moment si anodin. « C’est possible, nous pouvons être loin l’un de l’autre. » Il faut avouer que pendant un an nous ne nous sommes jamais éloignés. Les doutes et les envies exprimaient l’inverse, certes, mais cela n’appartient qu’à nous.

Alors après qu’avons-nous fait ? Pour ma part la semaine qui suivait je posais des tuiles à Plagnole… Rires.

S’en sont suivies beaucoup de questions et de volontés opposées. Je voulais repartir tu voulais rester. Mais rester où ? Entre ici, ailleurs et nulle part.

Je, je vais parler de mon après.

Pour ne pas penser il faut être active alors j’ai repris à 100 à l’heure pour me réacclimater et éviter de trop écouter cette sensation de mal être. On nous avait bien prévenu que le retour n’était pas si évident, mais je ne le pensais pas si difficile.

Un taf de serveuse, la reprise du foot puis la quête du bonheur au quotidien ont occupé mes premiers mois. […]

6 ans après on en est où ?

Du chemin fait. Du bonheur vécu mais pas seulement.

La volonté de rendre des rêves accessibles, de donner une deuxième chance, de changer le monde, d’apporter ma pierre à l’édifice m’a amenée à passer le concours de professeur des écoles. Me voila maitresse, moi, qui n’ai jamais porté l’école dans mon cœur. Comme quoi il ne faut jamais dire jamais. C’est un bonheur et j’irai au bout de mes convictions.

J’ai re porté les couleurs violettes, j’ai à nouveau vécu de sacrés moments sur et en dehors des terrains grâce au football jusqu’au jour où mon passé m’a rattrapé et fait raccrocher définitivement les crampons du haut niveau. J’ai aussi rencontré une personne formidable qui sera à jamais dans mon cœur et à mes côtés. Tant de bons moments qui m’ont aidé et permis de trouver un sens à ma présence ici.

Qu’est-ce que cette expérience m’a apportée ?

Je ne sais même pas si je peux répondre à cette question. Quand j’y repense je me demande comment j’ai pu faire une chose pareille ! Ce rêve m’animait et je l’ai réalisé. La première chose qui me vient à l’esprit c’est : de la folie ! Je souhaite à tout le monde de croire en ses rêves et d’aller jusqu’au bout. Au final quand on veut on peut, on se donne les moyens de.

Changé ? Je ne pense pas, j’ai juste grandi avec cette fabuleuse expérience. J’ai énormément appris, sur moi, sur l’autre, sur le monde. Je me sens parfois différente mais je pense l’avoir toujours été. Toutes les épreuves du voyage m’ont rendue plus forte, plus sensible, plus positive que ce que je n’étais avant de partir. Nous n’avons qu’une seule vie et elle peut basculer à chaque instant. Aimer et être aimé est un cadeau, si fragile et si beau. Nous devons prendre soin des autres et surtout de ceux que l’on aime et qui nous aiment car rien n’est éternel.

J’ai appris à avancer comme si c’était le dernier jour, à profiter et à tout faire pour ne jamais regretter. J’ai connu la liberté. Être qui nous sommes sans jugements, sans attentes et prendre le temps. Accepter le temps qui passe. Vivre au rythme de la nature sans contrainte. Rencontrer et partager sans limites, avoir peur et être rassurée dans l’instant, être perdue et l’apprécier, être tolérante, compréhensive, juste et relativiser. […]  Il y a tellement de choses à dire. Je ne parviens pas à mettre des mots dessus, je n’en ai pas les capacités. Une chose est sure c’est que je pourrai en parler des heures. Mais bien souvent l’interlocuteur ne peut comprendre.

Parfois mon sourire cache beaucoup de tristesse et de mélancolie mais au fond je suis heureuse et je sais qu’un jour, je reprendrai la route et ressentirai cette sensation si pure de liberté et d’évasion. « Ne pleure pas parce que c’est fini, souris parce que c’est arrivé. » Dr. Seuss

Alors ma vie est maintenant faite avec ce voyage en moi, cette expérience enrichissante et folle, cette profonde fierté. « La fin d’un voyage est le début d’une aventure » K.Berrouka. La vie m’en réserve d’autres. Le tout est de saisir le bonheur dans les choses simples et de croire en mes rêves, encore.

Et nous ?

Aujourd’hui ce nous dont on parlait n’existe plus mais il ne disparaitra jamais. Nous sommes allés jusqu’au bout de notre roots. Notre histoire était digne d’un conte de fée, mais il est bien connu que les contes de fée n’existent que dans les livres. La balance n’était plus équilibrée, le bonheur n’était plus à notre porte.

Nous nous sommes aimés, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout.

Nous avons beaucoup ri de tout et de rien, de tes pitreries, de ma folie, « ricanette ».

Nous avons fait beaucoup de chemin, l’un avec l’autre, l’un pour l’autre. Main dans la main nous avons soulevé des montagnes, gravi des sommets, nous avons permis à l’autre de s’élever et d’atteindre ce qu’il n’aurait jamais atteint seul.e.

Nous avons fait des folies, je t’ai embarqué dans ce fabuleux périple.

Nous avons vécu des moments et des sensations que nous ne revivrons jamais. […]

Tout simplement, nous avons connu l’amour, je pense même cet amour avec un grand A. Magnifique.

Il est tout aussi magnifique d’accepter l’évidence de cette séparation. Je sais ô combien ce n’est pas simple tous les jours mais je sais ô combien cette décision est la bonne. Quoiqu’il se passe nous sommes liés, tu sais que je suis toujours là, quelque part dans ta tête, dans ton cœur, dans tes souvenirs, pour ton courage et ta fois en la bonté de ce monde.

Nous ne nous abandonnerons jamais, deux miettes sur une planète pour l’éternité.

C’est terminé ; ce tour du monde, ce rêve, cet amour, fin de roots pour les Drôles.

Bonne route à toi Guillaume.

Laurie.

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